mercredi 28 juin 2006

Religions imaginaires, Reliances réelles


Jean-Paul Sartre (1905-1980) disait : la religion, c’est l’échappatoire de ceux qui sont trop lâches pour se reconnaître responsables de leurs propres destinées.
Il parlait de la religion en tant que fait institutionnel, et fut un aventurier de la conscience né l’année du divorce entre l’église et l’état : la coupe était pleine, le torchon brûlait et les gosses se mouchaient dans les rideaux. Il était révolté par la soumission des consciences depuis vingt siècles à cet espoir mensonger imposé par les puissants aux faibles : ça ira mieux demain.
Le dépendant sait bien qu’il ne maîtrise pas sa compulsion, et en déduit un peu hâtivement qu’il est irresponsable. Il évite d’y penser trop souvent, car se réclamer de son irresponsabilité pour justifier sa propre méconduite, il se doute qu’il n’a guère de chance avec ça d’éveiller ni sa sympathie propre, ni celle de ses semblables.
Et en même temps, c’est une attitude de défi cosmique : il s’agit de forcer la main à Dieu pour le forcer à sortir de son silence-indifférence. Je me rappelle quand je picolais, j’aurais bien aimé qu’il me foudroie à la porte du bistrot ou qu’il congèle mon bras au moment de porter le verre à mes lèvres. Le faire exploser en vol, ça aurait été top moumoute.
Bref, un cocktail malheureux de narcissisme outrancier et de chantage spirituel qui n’hésite pas à se prendre en otage puis à s’exécuter si nos revendications ne sont pas satisfaites, et on voit mal comment elles pourraient l’être dans ces conditions. La seule façon d’obliger Dieu à nous donner un coup de main, c’est de faire le ménage dans notre maison, et non se scandaliser de son incapacité à venir nous sortir du petit merdier portatif dans lequel nous nous sommes laissés enfermer.
Religion vient de religere, en latin "relier" : les hommes à leur créateur, mais aussi entre eux.
Le fait religieux collectif était le garant de la cohésion sociale. Avec la mondialisation, l’évolution des démocraties vers la laïcité, l’essor de l’individualisme über alles, le religieux mute en spirituel au milieu de la scène 2 du drame de l’effondrement de la Conscience Historique, et on n’a même plus le temps de l’enterrer en grandes pompes avant qu’il revienne par la fenètre restée malencontreusement ouverte pour aérer la pièce où nous sommes de plus en plus nombreux à vivre dans une atmosphère qui s’amenuise en oxygène, sans parler de l’état du frigo, dont le ravitaillement en vol devient problématique. Pour dépeindre le désarroi post-moderne avec élégance et de légèreté,
Desproges disait "si Dieu existe, il est pas souvent au bureau".
Virilio l’énonce plus aigrement, lui qui est un désespéré professionnel alors que j’ai gardé la candeur du bénévole : "Aujourd’hui ce qui naît, c’est un monde dissocié, fractalisé. On me parle d’individualisme et de liberté, je rigole. C’est comme si on me disait que les morceaux d’une bombe à fragmentation ont trouvé leur liberté. L’individu isolé n’est pas un individu libéré, c’est un individu défait. On assiste à la défaite de l’individu."
Chez les Alcooliques Anonymes, on a inventé ce que j’appelle "dieu en kit" et eux "dieu tel que je le conçois" : il est hors de question que nous nous foutions sur la gueule à propos des conceptions d’untel ou d’untel sur ce qu’est ou n’est pas Dieu alors que nous sommes réunis pour cesser de boire et rester abstinents. Ce que nous mesurons dans le mouvement, c’est les effets de l’idée de dieu sur nos consciences. Les pratiquants les plus avancés du programme - on nous suggère prière et méditation sans s’étendre sur les détails pratiques - confessent volontiers qu’ayant prié pour l’obtention de faveurs personnelles, ils les ont rarement obtenues, mais se sont trouvés nantis de ressources qui correspondaient plus à leurs besoins réels qu’à leurs désirs, et les plus athées reconnaissent que si chacun d’entre nous a l’impression de recevoir en réunion plus que ce qu’il donne, il faut bien que le reste vienne de quelque part.
Il y a aussi de grands enseignements cachés à retirer du Bokononisme inventé par Vonnegut dans le Berceau du chat, du Mercerisme décrit par Dick dans Les androides rêvent-ils de moutons électriques (Blade Runner), et du culte des morts imaginé par Russell Banks dans La relation de mon emprisonnement.
Voili voualou.

Commentaires

  1. salut jhonn…

    jmétais toujours demandé pourquoi les sectes existais et comment des gens pouvais vouloir tombé dans de tel groupe et pendant ce temps la j’avais pas vue que je me coupais du monde exterieur.

    jvais jeté un pavé dans la mare mais j’ai l’impression que tout ca c’est de l’affectif, on court aprés le mythe qu’on est independant..

    s’thistoire de mental qui serais pas bon,, la dualité.. toute ces grande idée c’est pas juste l’animal qui communique avec le “civilisé”, le cerveaux primitif qui serais en discours permanent avec le cerveaux “evolué” et vis versa?????

    ps : tu parlais du “relié”, c’est pour ca que jme suis permis de te parler du “coupé”

  2. s’il y avait dialogue entre l’archéocortex et la conscience, ça se saurait…ils sont un peu fâchés quoiqu’obligés de cohabiter sous le même crâne.
    Le plus souvent ils font chambre à part.

  3. heuuu… john.. l’idée a 2 balle que je te disais, que le primitif parlais au culturel, en gros tes emotions sont interpreté par ta culture (ta façon de voir) … et que le porno fait partie de notre culture.

    en trés gros quand ta une emotion, tu l’interprete comme ton univers ta façonné.

    et que la quete spirituel c’étais une quete affective, trouvé une place dans un groupe..

    voila pourquoi des grand “spirituel” avais quelque fois des comportement pas franchement spirituel (sai baba par exemple…)

    voila en même temps c’est pas franchement nouveau ce que je dit…

    et j’ai jamais dit que je pouvais pas dire des conneries voir des enormes connerie (et ca c’est bon;-))

  4. Jpourrais pas voir ta reponse avant longtemps john…

    merci pour ton blog, faire partager ton experience..

    pas evident de mettre ses idée sur papier et tu te demerde pas mal..

    allez j’arrette la brosse a reluire, ca va faire des trou dans tes pompes sinon.

  5. ce qui fait des trous dans mes pompes, c’est les idées des autres. Je suis obligé de voler les miennes, je n’en ai jamais eu la queue d’une.
    Oups ! mon identité est assise sur des préférences/affinités, mais mon mental n’arrive pas à me persuader qu’un “reader’s digest” aide une personnalité à émerger.
    Alors je regarde mes pieds à travers les trous des théories des autres.
    Tu sais, l’irruption du porno dans notre culture, c’est très récent. Alors que nos émotions sont assez anciennes. Elles ne sont pas “interprétées” par le porno, elles sont sanibroyées.
    tu me fais songer à ce passage d’anciennes écritures :”Un souvenir me revient, qui jette une lumière crue sur cette tragédie. Je me trouve avoir eu pour presque ami un gros industriel immensément riche, un peu primaire comme la plupart des gros industriels, mais superficiellement cultivé. Il jouait volontiers les mécènes : on aime assez, dans ces milieux, se prendre pour Laurent-le-Magnifique. Mon homme recevait avec faste, s’entourait quand il pouvait de savants et d’artistes, et il parlait. Plus qu’assez riche pour être sûr de tout savoir, il parlait de tout et du reste, mais un sujet avait sa préférence : lui-même. Un jour, après un diner au champagne suivi d’une soirée au whisky, il m’emmena dans sa bibliothèque pour me faire admirer une collection, admirable en vérité, d’art pornographique. J’admirai donc, et lui aussi, mais il en goûtait les charmes peut-être un peu trop directement, et les stimuli directs sont -ô mânes de Schopenhauer- cruellement … diminuants ! Egrillard d’abord, son regard s’assombrit et sa verve céda à d’amères nostalgies.
    “Mon cher”, me dit-il, “nous avons mal choisi l’heure de notre atterrissage sur cette planète. Quelle lugubre époque ! Ce n’est vraiment plus la peine d’être riche. Mon garçon de bureau roule voiture et mon valet de pied, bâti quelque peu en athlète et qui s’habille à la Belle Jardinière, taille plus fière figure que ne m’en donne mon tailleur londonien. Mais, la fin de tout, c’est les femmes : elles nous envoient promener ! Elles nous préfèrent les jeunes flics et les chanteurs de charme des boulevards extérieurs. L’argent ? Elles s’en foutent ! Elles prennent un malin plaisir à nous faire marcher en ne marchant pas. Quand j’étais jeune, un homme à peu près arrivé se serait déshonoré s’il n’avait mis dans ses meubles une ou même plusieurs danseuses à l’Opéra, pour ne rien dire des “petits rats”. Aujourd’hui ? Quelle époque !…”
    Peut-on douter que ce malheureux était impuissant à vouloir et même à tolérer que la machine fût mise au service des hommes du peuple ? De ce peuple dont le rôle, à ses yeux, était de le pourvoir en serviteurs et en femmes? Comment cet homme aurait-il était capable d’une renonciation au droit de cuissage que l’argent assurait si facilement hier encore aux puissants? Peut-on douter qu’il défendrait ses privilèges de babouin avec toutes les ruses, toutes les férocités et toutes les cécités naturelles à ceux qui défendent leurs privilèges ? Cet homme-là voulait (sans le savoir, bien sûr : il ne se serait pas supporté lui-même s’il l’avait su, car il se croyait bon et n’était pas méchant), cet homme-là, dis-je, voulait -comme tous ses pairs- que la Machine broie le peuple, ET VOILA POURQUOI ELLE LE FAIT.
    Tous, tant que nous sommes, avons en nous “quelque chose” qui veut toutes les femmes et tous les biens de ce monde : c’est la règle chez les primates, et elle repose sur des instincts qui s’éternisent chez les humains. Mais ce n’est grave et dangereux qu’autant que nous en sommes inconscients. C’est alors seulement que nous agissons en gorilles. C’est alors seulement qu’avec l’habileté infaillible qui marque du sceau de l’inconscient nos comportements ataviques, nous découvrons les moyens de parvenir à nos fins souterraines. Nous trouvons les astuces qui nous permettent de conserver et même d’appesantir notre autorité de singes sur ceux qui, en raison de notre mortelle ignorance des rudiments d’une biosociologie à peu près scientifique, sont restés sans défense contre des classes dirigeantes restées elles-mêmes à la merci de leurs instincts de primates.

    Est-ce que ça éclaire ta lanterne ?

  6. La machine mise au service des hommes du peuple ? Qu’est-ce que tu veux mettre au service de mecs qui hurlent dans les rues comme des putois à cause d’un match de foot ? Quand on songe que ces gens-là ont le droit de vote, ça fait froid dans le dos.

  7. les malheureux qui se déshumanisent sous tes fenètres au lieu d’étudier le dharma obtiendront les fruits de leurs pratiques, non ? ayons une pensée de reconnaissance pour l’inventeur des boules quiès.

  8. ca explique pas mal de chose ton texte… (pour moi).

    ce que j’explique pas c’est
    à l’état naturel un chien (hors “selection humaine”, genre pitbull) tue un animal et le mange, grace à la main de l’homme ce même chien en tuerais 50 en mangerais la moitié d’un et serais encors affamé…

    ca dois etre cette mysterieuse “satisfaction” dont parle les livres…

    pour les mecs hurleur faut attendre le degrisement du matin pour qu’ils arrettent de hurler..

lundi 26 juin 2006

Pornographie du désespoir



Parfois, je me dis que c’est pure lâcheté que de continuer de mener cette vie (ou plutôt d’être mené par elle) qui ne m’apporte soi-disant aucune satisfaction. Mais enfin, pourquoi restè-je aux côtés de cette femme avec qui je semble former un couple répondant aux critères draconiens de la catastrophe humanitaire ? Y serais-je acculé par des principes moraux qui m’interdisent de l’abandonner, ainsi que les deux enfants dont nous avons la charge, alors que je ne rève que de me noyer dans un océan de femmes noires et de bouddhisme ?
Et n’est-ce pas au nom de l’inefficacité de ces principes moraux que je suis un cyber-dépendant défroqué, c’est à dire refroqué ?
Quelle valeur intrinsèque attribuer alors à ces principes s’ils ne servent qu’à endiguer la pulsion sexuelle aux heures de crue ?
Je me rappelle ensuite que me juger, c’est me niquer, et la meilleure façon de sortir de mes godasses, dans lesquelles je ne suis déjà pas souvent.
Ne me fouté-je pas de ma propre gueule ainsi de celle de mon public virtuel, qui se presse aux grilles de mon blog après avoir tapé "je me masturbe devant ma mère", "blog de blackette " ou "je me fais empapaouter par un dromadaire devant mon berger allemand" dans google ?
J’interroge alors mes raisons d’agir de la sorte.

-Attends, t’as parlé d’action, là, mais elle est où ton action ? là il n’y a qu’une brochette d’états mentaux, dans deux minutes tu vas nous reparler de ton inassouvissable appétence pour les femmes noires qui viendraient providentiellement combler les manques dont tu crois souffrir depuis que tu existes sous cette forme, mais à part résister au changement, elle est où ton action ? Le regard que tu poses sur une femme noire n’est pas celui d’un homme sur une femme, fût-ce pour la parer des oripeaux du désir qui tout enlumine, sauf derrière l’escalier là où la concierge ne balaie jamais parce qu’elle a peur du noir, mais celui d’un enfant sur un jouet dans une vitrine, voire sur une tablette de chocolat en haut de l’armoire. Quelle femme noire serait heureuse au bras d’un blanc à l’oeil triste et à la paupière lourde, qui serait doucement mais sûrement rongé par la culpabilité d’avoir jeté sa vie aux orties par abdication devant ses fantasmes alors qu’il avait juré fidélité, secours et assistance à celle qui le soutint dans ses heures les plus sombres et qui continue d’accepter de partager sa vie alors qu’il ne donne pas beaucoup de lui-même ? Et en plus, quand tu ne fais pas du boudin (noir) tu rèves encore de te tourner vers le bouddhisme, mais tu imagines la gueule de ta quète spirituelle, animé par d’aussi peu nobles motifs que celui d’échapper à la dictature de tes désirs bidon ? Ne te vouerait-elle pas à rajouter une couche d’illusion à une fiction que tu t’es bâtie dans le réduit de ton cerveau ? La vraie lâcheté ne consiste-t-elle pas à te mettre minable sur ton blog au lieu d’affronter tes responsabilités dans le réel, en fus-tu investi à l’insu de ton plein gré ?
Après, pour tes songes récurrents de bouddhisme et de femmes noires, un ami t’a récemment suggéré que "tu pourrais trouver une boudhiste noire : ça c’est boudhiste, trouver le tout dans le tout".
Malgré tout, tu crains que le bouddhisme, qui semble offrir un refuge convenable aux occidentaux insatisfaits de leur insatisfaction, n’attire guère les blackettes. Ca te rappelle sans doute Matt Johnson, qui du temps où tu croyais au pouvoir cathartique du rock chantait "I was just another western guy / with desires that couldn’t be satisfied" avec The The sur "Infected" qui t’apparaissait alors comme le meilleur album du monde ? Ce même Matt Johnson qui a renoncé au rock et qui est aux dernières nouvelles bouddhiste de chez bouddhiste ? Allez, John, ce n’est pas du désespoir, c’est juste le refus d’un enfant trop gâté et solitaire de lâcher les illusions émotionnelles qui lui pourrissent la vie.

-Ben voui, mais faut bien que je les voye pour ne plus me faire avoir… comme je le disais à une amie, je sais que mon rétablissement sera effectif quand je n’irai plus chercher sur internet des choses qui n’y sont pas (le frisson des films d’épouvante à petit budget via le miroir déformant du blog, le sens de la vie & co…)
Je veux dire, le message ultime, c’est "vous êtes dans la merde ? DEMERDEZ-VOUS !"
Il ne s’agit pas de guérir du désir, mais de ses égarements projectifs solidifiés par des années de pratiques conditionnantes.
Si je semble d’humeur aussi navrante, c’est aussi dû en partie au fait que je refume du tabac comme un suppôt de la SEITA depuis 2 mois, que je continue de télécharger comme un bourrin des films normaux que je n’ai pas le temps de regarder, et que de la part d’un cyberdépendant, nourrir un blog relève de la complaisance la plus bécasse. Ici, je passe la moitié de mon temps à enlever les commentaires déposés par des robots probiroutesques, et l’autre moitié à me dire "je peux pas publiier ce post néo-dépressif, mes lecteurs méritent une autre nourriture, eux sont en convalescence, il faut des trucs positifs…" Vous voilà prévenus, à l’instar des disciples de Bokonon, que toutes les choses vraies que je vais vous dire sont des mensonges éhontés." Bien que sur Internet on soit plutôt à l’Eglise Gritchtèque, d’ailleurs je vais essayer de trouver le temps de faire un post sur les religions imaginaires, qui comme les filles éponymes, consolent des chagrins fictifs au moins aussi bien que les réelles.

Commentaires

  1. Tiens, toi aussi t’es un fan d’Hypérion ? Tu as lu Endymion je suppose. Je crois que je l’ai préféré au 1er, j’en fais encore des cauchemars la nuit…

  2. Merdeu… ce machin avait gardé mes anciennes coordonnées.

  3. Balloté entre la fantasmatique femme noire et la spiritualité bouddhiste, tu me fais penser à cette phrase de Siddharta dans “Little Bouddha”, dans la scène où, après de années de privation et de méditation acharnées, il entend un prof de harpe dire à son élève: “Si tu ne tends pas assez la corde elle ne sonne pas, si tu la tends trop elle risque de se casser”.

  4. Flo, je me suis ennuyé sur Endymion que je trouve franchement cent coudées en dessous d’Hypérion, et apparemment, ça ne s’arrange pas :http://www.cafardcosmique.com/Critik/critik/s/Simmons.Dan/simmons.Olympos.html
    Orroz, je ne suis pas ballotté, j’accomode les restes dans ma panoplie de clown triste. Je vide ma barque dans l’océan avec une toute petite écope.

  5. salut johnny (yopyop pour les commentaire a deux rouble sur le blog de flo)…

    attend tu va te mettre à deprimé.

    ton blog et enorme..

    jreviens de la fete du buddhisme (a vincenne) j’ai vue de ces tronches (ya un moment faut consulté quand même!!) entre les pelos qui flash les bonzes qui recites, et les adeptes du new ages.. (j’oubliais les tibetain vrp)… nann sinon beaucoup de gens sympa!!

    la clope j’ai arretté… le porno j’ai arretté (cf : casi 4 mois), les medoc j’ai arretté…

    m’reste plus que l’arabica..

    parais que ca depend de l’experience du produits ce qui fait l’addiction.

    arrette la clope hein ;-)
    c’est pas moins dure (je revise mon jugement) que le porno et vis versa..

    allez jvais mfaire un café.

    a force de cogité pour du vents, j’ai du vents entre les oreilles…

  6. Quelle bonheur de voir que tu le dis quand ça va moins bien! Ca te rend humain et ça légitime notre droit à tous d’avoir des coups de moins bien. Tant que ce n’est pas un espèce d’aspirateur vers le bas et que tu ne te complais pas dedans. Mais ça je te fais confiance. Y a juste un truc qui me chiffonne. Je sens bien qu’alimenter ton blog est quelque peu incongru pour un cyberdépendant et en même temps, bien égoïstement, ça me fait du bien d’y lire tes ch’tiotes contributions. Mais tu sais quoi? Tu fais ce que tu veux!! Allez John, bonne journée et… Merci.

  7. Juste pour info, comme je cherche une nouvelle plateforme de blogs avec catégories, sur Le Monde, tu es obligé de supprimer des tas de spams à la main, alors?

  8. salut viking, vieux pirate… sans le vouloir et tout en voulant ne pas le vouloir, je montre que la physique quantique sexuelle dilate démesurément les objets qu’elle prétendait observer… si on veut observer sa complaisance avec lucidité, on se gourre de flingue et de cible…on s’en doutait un peu. Pire que les regrets illégitimes de n’être ni çi, ni ça et d’être affligé de désirs infantiles : la saisie sur les regrets, les larsens du warsen. Focaliser sur ses incapacités, c’est jamais une bonne idée. Il y a mieux à faire en s’inspirant de la 6ème étape du programme de rétablissement suggéré par les AA : “nous avons pleinement consenti à ce que Dieu élimine tous ces défauts de caractère”
    Un gars m’écrivait ça récemment, avec la fougue de la jeunesse :”Tu sais pourquoi je t’aime bien John ? Pourquoi j’aime ton site ? Parce qu’il est fait par quelqu’un d’authentique et ça me plaît de lire tes articles plutôt qu’un bouquin entier sur l’être et le non-être, des textes de “Maître” qui vont bien remplir le mental qui ni une ni d’eux va s’en approprier le contenu pour diriger ta vie, une vie orientée par la croyance d’un autre, par la croyance des autres.
    Aujourd’hui le mental ne me fait plus ch***, plus autant qu’avant, il joue son rôle pratique, c’est tout, bien que parfois il revient à l’assaut … mais toujours pour des conneries en somme.
    J’ai appris à vivre pour moi, à m’aimer, et aujourd’hui tu vois j’aime la vie, j’aime faire l’amour et je m’en donne jusqu’à SATURATION, car ce principe de saturation est primordial, comme dans la dépendance à la pornographie dont ton site traite. La guérison elle viendra de la saturation. Un alcoolique qui arrêtera, dans la plupart des cas, ne le fera pas parce qu’une âme charitable, qui se mettra dans un rôle de “sauveur’ et qui se croit parfaite lui dira “ce serait bien pour ta santé”… non, il le fera parce que LUI-MEME en aura marre, il va saturer. La vie va comme ça - expériences agréables - répétition de l’expérience - saturation et … on passe à autre chose. Les personnes qui sont au fond du trou comme je l’ai été il faut les laisser là, bien au fond, elles ne peuvent que remonter de toute façon, et la remontée nous apprendra une chose : à devenir enfin maître de notre vie, et c’est à ce moment là qu’une révélation te survient de ton esprit, de ton coeur, une sensation : tu es déjà divin à la base. N’est-ce pas une aliénation mentale que de vouloir le redevenir ??!!! Qu’est-ce que je fais sur terre ? Et bien je suis un humain. Et quel est le sens de ta vie ? Bah je fais des expériences d’humain, celles qui me plaisent je les refais, les autres qui sont chiantes, rien ne me pousse à les reproduire, ni les religions, ni la famille, …
    Aujourd’hui j’aime la vie, j’adore vivre ici sur terre, et je mourrai sans regrets, car c’est le pire des tourments d’avoir des regrets. Des amis qui suivent encore des voies spirituelles s’empressent de me dire NON tu vis dans l’illusion, un méditant comme toi, comme est-ce possible ? Pourtant je vis bien, je me sens bien, j’ai fait la paix avec moi-même, où est le problème ? C’est là que le mental revient, et s’ils avaient raison ? ahhhhhh me dit mon sage intérieur, ces personnes elles représentent quoi ? euh… le doute. OUIIIIII tes doutes, il faut qu’il sse logent quelque part voyons, ils sont là, ce sont ces gens et ces gens n’aiment pas te voir heureux, n’aiment pas le bonheur, alors qu’en déduis-tu ?”

    Oui, dado, et de la main gauche, en plus ! (je suis gaucher)
    de plus, je crois bien que les blogs du monde sont réservés à l’élite des abonnés à la version papier. Tu pourrais demander à Flo de te franchiser :-)

  9. Tu fais bien d’aimer la vie sur terre. C’est une expérience formidable. Certains pensent que la spiritualité interdit la jouissance en cette “vallée de larmes”. Comme si cette vie sur terre n’avait rien de spirituel, comme s’il y avait Dieu et le Monde, comme si Dieu n’était pas omniprésent. D’autres y vont de l’autre extrême, vivant comme si cette vie terrestre était une finalité en soi. Entre les deux, il y a selon moi cet état d’équilibre, où l’homme rend grâce pour la beauté de la vie visible, tout en sachant que quelque chose d’encore plus grand et mystérieux réside au-delà de ce que percoivent les sens.

    J’aime bien cette anecdote des deux saints invités à une grande réception. Arrivés devant le buffet, le premier se détourne et refuse de prendre de la nourriture en disant: “Pour la gloire de Dieu”. L’autre, au contraire, prend un savoureux morceau de nourriture et dit: “Pour la gloire de Dieu”.

    Bonne journée John, bonne continuation dans ta quête. ;)

  10. Spirit, merci pour ton histoire, en voici une autre qui met en scène deux saints : c’est une dame qui promène ses deux énormes clébards dans la rue, et elle aperçoit un petit garçon qui la regarde rouge d’envie, alors elle s’adresse à lui : “tu veux caresser mes deux saints-bernard ?”
    - oh oui madame, mais je m’appelle pas bernard.
    dado, merci d’avoir attiré mon attention sur l’existence du round-up : pour éviter les robots spammeurs, il me suffisait de cocher “Demander l’adresse email des commentateurs non authentifiés”.
    Bon, ça n’aura qu’un temps, mais pour l’instant ça marche.

lundi 19 juin 2006

Yukulele







Quand je suis fatigué du Moloch Internet, après avoir constaté que la plupart des passants tombent sur mon blog après avoir rempli leur moteur de recherche d’essences de mots très très malpolis, je vais écouter une petite ritournelle chez Craig Robertson.
Ce gars-là n’a aucune prétention sinon de faire partager le plaisir qu’il éprouve à chanter ses petites chansons aigres-douces. Il vend son disque sur son site mais la moitié de ses titres sont en téléchargement libre, et tous les quinze jours il change la sélection ou rajoute de nouveaux titres.
Il s’en moque sans doute, il fait ça pour s’amuser.
Comme le couple de graphistes de turbolapin dont les 2160 gags de popo et lolo poche m’ont miséricordieusement réjoui.
On devrait prendre exemple.
Au lieu de reprocher à nos gosses de ne manifester aucune des qualités qui nous font défaut.

jeudi 15 juin 2006

La Bible et le Pancréas



Je finis le montage d’un documentaire sur une prison de Louisiane phagocytée par l’évangélisme. 5000 condamnés à perpétuité s’y convertissent les uns les autres à un christianisme grégaire, avec la complicité bienveillante du directeur de la prison qui voit chuter le taux de criminalité à l’intérieur de son établissement. Il y a création parmi les prisonniers d’une "méritocratie" (les plus acharnés font des études de théologie au Bible College de la prison et deviennent pasteurs, et peuvent ensuite aller répandre la bonne parole dans les prisons alentour) sans illusions et sans pouvoir : aucun d’entre eux ne ressortira vivant d’Angola. Certains y sont depuis 50 ans. Néanmoins déterminés à confier leur vie au Christ, ils participent à la mutation profonde du tissu carcéral. Dehors, la machine à exclure continue de tourner à plein régime : misère, chomage et armes en vente libre y conjuguent gaiement leurs effets cumulatifs. Dedans, on ne fomente que rédemptions, on y vit des théophanies à la pelle, on y devient bénévole à l’hospice, qui accueille ceux qui ont moins de 6 mois à vivre.
Quand on est blanc, bien nourri, démocrate et qu’on croit jouir de la liberté, l’évangélisme prète à rire ou à s’indigner. On songe aux outrances des télévangélistes, qui sont recensés parmi les 329 arguments en faveur de l’existence de dieu chez cabanel
:
26. Argument par l’évangélisme américain

(1) En disant aux autres que Dieu existe, je suis devenu riche à crever.

(2) Donc Dieu existe.

Mais quand on est noir, pauvre, qu’on a commis un meurtre qui nous fait prendre perpète et qu’on chope un cancer du pancréas, le message des évangélistes est déjà plus audible.

Il est inquiétant d’entendre des enculés cosmiques comme Franklin Graham (fils de Billy, le plus célèbre des télévangélistes et conseiller de Bush) venir prècher la bonne parole en taule et prétendre sans sourciller que Dieu soutient la peine de mort. Mais n’importe quelle lecture délirante de l’Ancien Testament peut vous faire raconter n’importe quoi.
On peut aussi ironiser sur ces pauvres noirs qui se sont trouvés un Dieu blanc qui les lave des délits auxquels un implacable déterminisme racial et social les a acculés. Et alors ? les blancs vont bien voir les tibétains.
N’empèche qu’ils font preuve entre eux d’une compassion et d’une charité qui manquent cruellement à l’extérieur des murs de la prison. D’ailleurs si elle existait il n’y aurait pas besoin de les mettre en taule.
Comme disait Flo, "Peut-être que c’est une bande de nases mais peut-être aussi qu’ils ont sauvé des millions de gens. C’est ça qu’on finit par comprendre. L’élitisme est réservé à l’élite. Si le maître dzogchen enseigne le dzogchen, il n’aidera pas grand-monde. S’il enseigne des naseries à longueur de journée, ça aidera un tas de gens, parce que les gens sont des nuls. C’est le standard. L’auto-détermination, la réflexion, tout ça, ce sont des valeurs d’élite, ça marche 1 fois sur 1 million."

Commentaires

  1. D’une certaine façon, nous ne sommes pas forcement plus libres que ces prisonniers, mais eux le savent.

  2. ça me fait penser à une autre prison, mexicaine je crois, où un mec avait eu une idée géniale : donner à tous les prisonniers un rôle de chef dans un domaine. Il y avait le chef de la cuisine, le chef de la peinture des murs, le chef du nettoyage, le chef des loisirs etc… Du coup, chacun se sentait super responsable.

  3. lds, je crois qu’ils font surtout une bonne affaire psychologique en se dépouillant de leur passé pathogène et de leur présent d’enterrés vivants, au profit d’une idéologie de la libération. Disant cela, je ne les juge pas, je serais même limite jaloux de regarder comment roule le train plutôt que de monter dedans. Je suis fâché avec les religions de par mon papa marxiste, et j’ai tenté de m’intéresser au bouddhisme, parce que leur message est clair là-dessus : “votre prison n’a qu’un seul barreau et vous tournez autour”, mais je suis pour l’instant trop velléitaire et circonspect pour m’engager dans quoi que ce soit. Par contre, tous les culs-de-sacs dont je m’extirpe pointent vers l’orgueil, et si je ne trouve pas son utilité, il faudra que j’y renonce, et pour ça il n’y à qu’à dieu que je puisse demander d’en être délivré. Que j’y croie ou non : après tout, je suis mal barré pour le rencontrer, et il y a peu de risques que je tourne plus neuneu que je ne le suis déjà, et je peux mesurer les effets positifs de l’idée de dieu sur certains de mes amis qui étaient aussi mal barrés que moi.
    flo tu as mis le doigt dessus : ils troquent la culpabilité contre la responsabilité. Ils donnent du sens à leur vie.

jeudi 8 juin 2006

Bulbes


"Ce que je veux dire, c’est que je ferais une mère abominable. Je suis égoïste, égocentrique… la seule autre personne que je connaisse qui soit plus égocentrique que moi, c’est Carlos.
Il est tellement égocentrique qu’il ne voit même pas à quel point je le suis."

- Gabrielle Solis dans Desperate Housewives -
Le problème des égocentrés qui finissent par suspecter leur cécité comme cause première de la pauvreté du spectre visible, c’est qu’ils s’arrangent souvent pour le formuler dans des termes inexploitables. Pour rester coincé dans le constat il suffit de lui donner une forme tragico-ironique, et le cercle se referme.
Je disais à Flo : "Y’a un truc que j’ai dû rater : ça fait 20 ans que je lis des trucs qui me persuadent de l’irréalité du moi, et ça n’a fait que le renforcer.
-C’est normal. Le mot important c’est "persuadent". Le moi se renforce en se persuadant de n’importe quoi, y compris de son inexistence. Comme Mr Smith dans Matrix. Au lieu de combattre les gens, il les transforme en lui. Donne de l’anti-moi au moi, il le transforme en moi. Magique !"
Le Moi est comme un bulbe qui refuse de germer, alors qu’il s’est amplement prouvé qu’il n’arrivait à aucune satisfaction digne de ce nom par les voies de l’égoïsme. Il lui faut d’après les traditions un paquet d’existences foireuses avant de cesser de faire son boudin et de se mettre au boulot.
Sans parler de l’épineux problème des scènes de cul dans les films normaux, qui devient très tendance. D’un côté c’est louable d’arracher la représentation de la sexualité aux griffes du porno qui en détenait le quasi-monopole, de l’autre y’a pas mal de dépendants qui vont flipper s’ils vont au cinéma ces temps-ci. Excellente occasion pour repérer les éventuelles émotions qui s’élèvent dans le cadre d’une fiction non-pornographique, ou le cas échéant de tester ses capacités à évacuer la salle en cas d’incendie.

mercredi 7 juin 2006

Un truc avec la mère


Ayant pris avant-hier l’initiative courageuse d’aller acheter des sandales d’été à ma fille, je me retrouve dans la galerie commerciale d’Auchan. Tiens, je vais acheter des clopes, n’ayant pas encore tenu ma promesse de restopper, même si j’ai vaguement l’impression que ça nuit à mon intégrité. Auchan est le seul centre commercial du coin à intégrer un tabac-journaux en son sein, loué soit-il. 
Me voici au rayon des revues. La couverture de l’Echo des savanes du mois de juin arbore “la copine du mois”, une black qui a l’air ravissante de dos et qui a tôt fait de raviver le souvenir enfoui guère profond d’une autre dont j’ai pu croire il y a quatre ans qu’elle allait me permettre de voir “le nombril des femmes d’agent” sans en mourir comme dans la chanson. 
Oh là là, heureusement que ma fille me tire par la manche, j’ai failli ouvrir ce magazine pour voir si elle ressemblait à celle que j’ai failli voir de très près en 2002. 
Je suis con moi ou quoi ? Si je commence à ne plus accepter mon impuissance devant un stimulus qui me rentre dedans comme dans du beurre, je suis mal barré. 
D’ailleurs, c’est quoi ce délire avec les blacks ? Cette fixation, je peux la dater précisément : en 94, j’ai noté quelque part “Croisé une Valérie P. noire dans le métro ce matin. J’ignorais qu’elle existait aussi dans ce coloris. A l’angle d’un couloir, elle s’admirait dans une grande glace murale, visiblement très satisfaite de son apparence. Comme je la comprends ! ” 
Et c’était parti. La Blackette n’était pas plus inaccessible que Valérie P., mais pas moins. Valérie P. avec qui j’ai entretenu une relation épouvantablement coupable et clandestine pendant des années, et je n’ai jamais pu me faire à sa rouerie candide, mais je n’ai jamais pu m’en défaire non plus, Dieu me tripote. J’ai toujours pensé que si je m’engageais dans une vraie relation avec elle, au bout de trois semaines elle m’arracherait le coeur avec un couteau à huitres sans se départir de son adorable sourire, alors j’ai préféré passer mon temps à me le lacérer tout seul à force de ne pas tenter quelque chose. Et puis, j’étais déjà engagé ailleurs, avec quelqu’un qui avait l’air d’avoir la tête sur les épaules, et c’était plus rassurant. Vouloir concilier les besoins d’aventure et de sécurité est une mauvaise idée sur le plan affectif. 
J’ai rompu tout lien avec Valérie P. depuis quelques années, comme si je m’extirpais d’un cancer, mais avec moins de soulagement.
Et ma fascination pour les blacks, c’est un truc avec la mère.
Etre aimé d’une femme noire imaginaire, alors que je suis même pas foutu d’être aimable par la mienne, qui est blanche et réelle.
Quelle blague ! ça me fait penser à un vieux sketch des monty python.
Bref, ma dernière rechute date de huit mois, mais j’ai l’impression que c’était la semaine dernière. J’ai peut-être découvert sans le vouloir le secret de l’éternelle jeunesse, qui se confond alors avec celui de l’éternelle puberté, ce qui expliquerait tous ces conflits d’intérèt avec mon fils de 14 ans.
Ce matin la première pensée qui s’est pointée c’est “j’ai plus d’intimité avec mes souvenirs qu’avec ma femme, pas étonnant qu’elle n’ait pas souvent envie de faire l’amour alors qu’eux sont toujours prêts à tout”. Ca ne me préoccupe pas plus que ça, je veux dire que c’est là, à clapoter quelque part, avec tout le reste, et que ça ne mérite pas l’attention que je lui consacre sauf à vouloir augmenter la hauteur des vagues.
“Une photo de facture donne le mal du pays” chantait Jonasz. C’est à peu près ça. Du coup, je suis allé trainer sur un vieux blog de Flo, et j’ai ramené ça :
Ted écrit :
En fait, le remède au sentiment de fusionnalité, comme tu l’appelles, serait peut-être, de se convaincre de l’impermanence des phénomènes. Faire une sorte de cure de désintoxication pour comprendre et expérimenter que notre attente d’une identité “qui dure” sera déçue tôt ou tard.
Quand on constate que le lien de l’attachement pend dans le vide, la souffrance est au rendez-vous. On revient dans la ville de son enfance et la vieille ferme près de laquelle on jouait a été rasée. On souffre. Alors, on recrée un objet d’attachement mental, un souvenir qu’on idéalise. On écrit un roman : “la vieille ferme”. La critique hurle au génie. Ca y est : on a réussi son coup et immortalisé l’objet d’attachement en le rendant vivant dans la mémoire de cent mille personnes.
Mais en fait, ce n’est jamais qu’une représentation qu’on s’en fait dans notre cerveau. Nous sommes attachés à des objets mentaux en 3 D qui tournent doucement sur leur axe quelque part dans notre tête.
Gautama conseillait de méditer près d’un charnier. En fait, la Voie royale est peut être celle de l’acceptation, accepter ce qui arrive, accepter ce qui repart. Vivre à 100 % l’instant présent et ne pas se lamenter quand la roue tourne.
Dormir dans un palace le lundi et dans un taudis le mardi, en s’adaptant sans état d’âmes, en acceptant.
ETRE SANS ATTENTES.
Par exemple, il semblerait qu’accepter pleinement la perspective de sa mort inéluctable aide à apprécier pleinement la vie.
Quoi qu’il arrive : accepter, accepter, accepter.
Se battre pour faire aboutir un projet, mais accepter toutes les issues possibles. Agir ! mais sans attentes.
Bon, c’est un avis tout a fait personnel, mais il me semble que quand on accepte totalement les phénomènes qui se présentent, une sorte de système presque immunitaire se met en place qui adouci les situations extrêmes et réalise les voeux non exprimés.
Flo répond :
Le problème n’est pas tant l’attachement aux objets matériels qu’aux objets imaginaires. Comme tu le dis “ce n’est jamais qu’une représentation…”. Bien sûr. Mais l’attachement est l’attachement à une représentation, les “objets” sont très secondaires dans cette affaire. Voir qu’ils disparaissent, ça ne change rien. Le palace et le taudis, on s’en fout, puisque l’imaginaire peut faire ce qu’il veut.
Hier, un ami me disait :”Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent de moi, ça ne me dérange pas”. Je lui ai répondu :”Pour sûr, tu vis dans ton imaginaire. Tu as juste décalé le problème”. Là, il n’a plus rien dit, et pour cause.
Pour accepter, comme tu dis, on s’appuie sur l’imaginaire. Tout le monde le fait. La pauvre fille qui a une vie de merde se vit en Reine de la Nuit, et tout est réglé. Et cet imaginaire est dans l’instant présent, il n’est ni demain ni hier. C’est ce qu’on appelle s’appuyer sur l’instant présent, ce que font parfaitement les femmes, les enfants et les animaux. Le problème, c’est que le Bouddha ne s’appuie sur rien, et surtout pas sur l’instant présent. Le problème n’est pas de passer de demain à aujourd’hui. Il est de passer de aujourd’hui à rien du tout. Il n’est pas celui d’une identité qui dure dans son objet, mais d’une identité qui dure dans son principe. La saisie saisit des tas d’objets différents mais elle est toujours la même.
C’est pour cette raison que la mort et la réalisation sont très voisines, et que les gens ne veulent pas mourir. Tu me dis qu’accepter la mort aide à apprécier la vie. Ce que je vois autour de moi, c’est des gens qui ne savent pas qu’ils vont mourir, pas des gens qui acceptent la mort.
C’est vrai qu’il y a eu autour de moi des gens qui ont cru qu’ils allaient mourir, assez récemment, et qui n’ont pas eu peur. Je pense simplement qu’ils n’ont pas de conscience de ce qu’est la mort. Je me range assez volontiers à ce que dit Chepa à ce sujet : “la rigidité cadavérique provient de la très grande peur qu’a eu la personne en mourant. Le corps des maîtres reste souple quand ils meurent”. Tu en connais beaucoup toi, des cadavres qui ne sont pas devenus rigides ? Faudrait demander à des médecins légistes, mais à mon avis, il y en a très peu.
Ignorer le problème n’est pas le résoudre, et pour moi les données sont simples. Quand on a pleinement accepté la mort, la vraie, celle du moi, on est pleinement dans l’état naturel, et si on n’est pas encore un bouddha, on va le devenir très vite. Je connais plein de gens qui disent accepter la mort et aucun qui soit même loin d’être un bouddha (je ne parle pas des lamas et autres enseignants du genre). Il me semble qu’il y a là une très grande inconscience, rien de plus. Comment tu fais, toi, pour défusionner de ton imaginaire ? Est-ce que tu as essayé ?