mercredi 24 octobre 2007

Nostalgie de l’idéalisme


La nostalgie, c’est le regret de ce qui n’existe plus; mais si ça a existé, et si ça avait l’air chouette, ce n’est sans doute pas lui faire honneur que de le regretter. Elle s’en fout, la nostalgie : elle va chercher ses électeurs du côté du manque, et de ce côté-là, ça ne manque pas, justement. L’idéalisme, c’est un peu l’inverse : le regret de ce qui n’existe pas encore, corrélé des efforts pour le faire advenir (là où la nostalgie se contente d’une évocation autocontemplative et brouillonne, parce qu’elle a besoin d’un peu de fumée autour de ses charmes malingres).
L’idéalisme, c’est dans nos gènes, y’a qu’à voir la chair de poule adolescente quand on entend pour la première fois la chanson “When the ship comes in” de Bob Dylan, par exemple. Ce n’est que bien plus tard qu’on entend Joan Baez raconter comment il a écrit cette chanson en une soirée parce qu’il était super-véner après s’être fait refuser l’entrée d’un hotel pour cause de tenue vestimentaire négligée, et on comprend l’importante fonction de sublimation de l’art contemporain, qu’on prenait à tort pour une stase mystique.


mardi 23 octobre 2007

Morts modernes

Au rayon journaux du Super U, je vois ce dessin à la une de Charlie Hebdo :

Je le montre à mon fils, avec lequel je suis venu faire quelques courses. On pouffe. Une dame nous contourne d’un air dégoûté et se contorsionne pour accéder à son exemplaire du “Nouveau Détective” que le magasinier facétieux range toujours dans le même rayonnage métallique que Charlie, de façon à susciter le brassage des genres et les échanges entre lecteurs. J’explique à Hugo la mécanique du torche-cul en question, destiné selon moi à rassasier de sang et de larmes le quotidien rassis de gens qui s’ennuient ferme dans leur vie, mais qu’au fond, je ne sais lequel des deux est le moins grave : Charlie, qui n’aurait plus de quoi ricaner sans la laideur et la connerie, ou Détective, qui se nourrit de la dégueulasserie au bénéfice des moins-ayant culturels. Comme ça, il a une chance de mourir de surinformation au lieu de mourir noyé ou de mourir de faim, destins tragiquement banals qui semblent nous guetter dans un proche avenir.

Les survivants en sursis peuvent provisoirement comparer l’ancien Charlie et le nouveau - on trouve même une vidéo de Maurice et Patapon, dont le cynisme ferait passer Houellebecq pour Auguste Comte.

Commentaires

  1. confession of pain

  2. tu veux dire que c’est toi qui as volé une baguette à la boulange du magasin tandis que je détournais l’attention des vigiles au rayon presse ? tu sais, on dit “péché avoué est à moitié pardonné”, mais ça veut dire qu’il reste l’autre moitié, quand même.

jeudi 18 octobre 2007

Enivrant mépris


J’ai finalement eu plus de plaisir à télécharger compulsivement la série “Heroes” en me persuadant que je niquais le système (mwahaha) qu’à la regarder… après un début très “bande-démo” assez excitant, on retombe rapidement dans un gros sitcom anxiogène à tiroirs, rallonges, et tu trouveras de la ficelle dans le buffet, avec une pitite trouvaille sursautante en moyenne tous les trois épisodes.
Dois-je me scandaliser des mes attentes antérieures, trop affamées pour être nourries, du manichéisme putassier et passe-partout qui permettra d’exporter la série dans le monde entier, des sous-entendus idéologiques un peu refoulants-du-goulot du scénario ? ou me réjouir d’y être aujourd’hui insensible ?
Je suis allé laborieusement au bout de la saison 1 en soupirant de déception, comme si on m’arrachait sans anesthésie la croyance que l’univers des comics américains peut se prêter à de telles simagrées sans passer pour une réserve naturelle de demeurés mentaux.
De toutes façons, que mon indignation soit dure ou molle, elle ne porte pas à conséquences. La dire ici, c’est pas comme si j’avais une tribune libre dans un grand quotidien du matin; c’est l’avatar moderne du fanzine ronéoté, pas le nec plus ultra de la démocratie participative.
D’ailleurs, si vous voulez mon avis, on s’est un peu fait avoir avec cette idée du net “espace de liberté et de création de contenu” qui est censé faire sens. Bien sûr, chacun est libre de se peler la rondelle et d’en partager les épluchures à qui veut bien se donner la peine de les ramasser. Mais à mon avis, pendant ce temps se trament des choses auprès desquelles les cauchemars les plus flippés des conspirationnistes sont de doux rêves, dit-il d’un air entendu.
Tant qu’à faire semblant de me scandaliser, je vais citer un extrait d’un article du Monde de la semaine dernière, “les enfants de la net génération” :
” Mail, chat, blog, jeux en ligne : partout dans le monde, pour les 13-24 ans qui ont accès à l’ordinateur, les liens sociaux passent par le Web. Aux Etats-Unis, plus de la moitié des 12-17 ans sont utilisateurs d’un site communautaire (type MySpace). En France, la messagerie instantanée (type MSN) attire 35 % des internautes - des adolescents pour la plupart. Et l’immense majorité des blogs personnels (50 millions créés dans le monde depuis 2004) est tenue par des collégiens et des lycéens, pour qui l’usage de ces “TIC” (technologies de l’information et de la communication) est devenu aussi naturel que celui du téléphone ou de la télévision.
Quels comportements auront à l’âge adulte ces enfants de la Net-génération ? Seront-ils plus sociaux que les générations précédentes ? Plus solitaires ? Affectivement plus fragiles, intellectuellement plus polyvalents ? Certitude : d’ores et déjà, leur réseau de sociabilité s’étend bien au-delà du réseau des contacts physiques. “Etre fille ou fils de… compte moins aujourd’hui qu’être en lien avec…”, constate Sylvie Octobre, sociologue au département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la culture. “Ce que les jeunes sont en train d’apprendre, c’est à être capable d’entretenir la bonne relation avec la bonne personne en n’importe quel point de la planète.” Un “capital social” qui, selon elle, constituera un véritable avantage dans nos sociétés futures.
“Avec les communautés virtuelles, poursuit-elle, chacun prend conscience qu’il est un individu parmi des millions d’autres, mais aussi qu’il peut être contacté depuis le monde entier. Cela confère aux adolescents une légitimité nouvelle, qu’ils ne trouvent ni en famille ni dans le milieu scolaire.” Au sein de la sphère privée et familiale, ces nouvelles compétences ne vont pas sans bouleverser les principes traditionnels. A la transmission descendante, des parents aux enfants, s’est ainsi ajoutée une transmission ascendante, des enfants aux parents… Et, surtout, une transmission horizontale entre pairs.
Pour ces jeunes rompus à la Toile dès l’entrée au collège, parfois même avant, les critères d’appartenance ne sont plus tant sociodémographiques (avoir tel âge, être de telle région ou dans telle classe) que relationnels. Passionnés du chanteur Sean Paul,du jeu de go ou de fusées à eau, il leur est désormais possible de se retrouver entre initiés autour d’un thème fédérateur, même si celui-ci ne réunit dans le monde que quelques centaines d’aficionados… “Se sentir unique tout en sachant qu’on n’est pas tout seul, n’est-ce pas le rêve de tout le monde, et plus encore des adolescents ?”, remarque Mme Octobre, pour qui cette nouvelle conception du réseau, rodée dès le plus jeune âge, “modifiera durablement les habitudes relationnelles”. Témoin le succès de Facebook (25 millions d’inscrits à ce jour), ce site de socialisation sur lequel lycéens et étudiants sont invités à décrire leur profil, et qui parie sur la simple envie d’échanger et de partager.
Tout de même : à trop fréquenter ces communautés virtuelles, nos enfants ne risqueraient-ils rien d’autre que de mauvaises rencontres ? Les dédoublements d’identité (pseudos, avatars) dont ils usent avec bonheur ne peuvent-ils être nocifs pour le développement de leur personnalité ? “Bien au contraire, l’alter ego numérique peut parfois redonner un peu de souffle à notre être réel”, estime le psychologue Michael Stora, pour qui cette double personnalité, virtuelle et réelle, “est à l’image d’un fonctionnement propre au narcissisme qui s’appelle le clivage”. Président de l’Organisation des mondes numériques et sciences humaines (OMNSH), il estime que le vrai danger n’est pas là. Pas plus que dans un avenir “peuplé de nomades ultra-connectés, sortes d’obèses aux doigts hypertrophiés, pur produit de notre imagination”. En revanche, il craint que l’usage immodéré de l’ordinateur n’entraîne, pour les plus fragiles (des garçons, pour l’essentiel), “la disparition des rencontres en IRL” (”in real life” : dans la vie réelle).
“La cyberdépendance, quand elle est avérée, vient toujours mettre au jour un problème, remarque-t-il toutefois. Comme pour l’alcool et le tabac, l’objet technologique révèle chez certains individus une structure addictive, mais il ne la fabrique pas.” Toxiques pour certains, les TIC auraient pour d’autres des fonctions curatives. “Beaucoup de gens se soignent par le biais des chats ou des forums, et utilisent ces outils comme des expériences auto-thérapeutiques”, poursuit M. Stora, que la clinique a conduit à rencontrer nombre de personnes “ayant osé, grâce à cette pratique solitaire, affronter et dire certaines choses”. Le Web deviendra-t-il, parmi d’autres, un remède contre les maux de l’âme ? L’avenir dira si ces lieux virtuels constituent “un nouvel opium du peuple, grâce auquel chacun pourra exprimer sa violence intérieure tout en étant, dans la vie réelle, plus soumis qu’aujourd’hui”. Ou s’ils seront, au contraire, des endroits “où l’on apprendra l’insoumission”…
Moins pudiques, plus agiles et plus inventifs, les enfants de la Toile, à en croire certains, présenteraient toutefois une tare majeure : à force d’être sollicités par mille choses à la fois, leur capacité de concentration se réduirait comme peau de chagrin. Mais comment en être sûr ? Et qu’est-ce qui sera le plus utile dans la société de demain : être capable de se fixer longtemps sur une même activité, ou gérer plusieurs tâches en même temps ?”
“A en juger par l’évolution récente du marché du travail, de nombreux métiers demanderont de plus en plus de savoir être polyactif”, estime Mme Octobre. Pour cette sociologue, le vrai enjeu, en termes de maîtrise de la connaissance, ne concernera pas la capacité de concentration, mais la hiérarchie de l’information. “Pour réussir, il faudra de plus en plus avoir appris à trier, sélectionner et classer par ordre de pertinence la masse d’informations disponibles sur le Net. Là résideront la vraie difficulté, et la vraie source d’inégalités.” Un terrain sur lequel, dès aujourd’hui, l’éducation a un rôle majeur à jouer.”

Vous allez me dire que tout ça, c’est des problèmes de riches, qui touchent une part infime de la population mondiale… que “comme pour l’alcool et le tabac, l’objet technologique révèle chez certains individus une structure addictive, mais il ne la fabrique pas.” relève d’une logique discutable à l’infini, et que mon blog consacré à la cyberdépendance, ça doit bien faire marrer Satanas & Diabolo.


le douloureux problème de la prévention de la structure addictive mis à nu par ses célibataires même, including le cri d’alarme dont tout le monde se fout malgré le contenu hautement qualitatif de l’information proposée (esquisse au fusain)

Commentaires

  1. Mes cyber pérégrinations m’ont menées sur votre blog, je le trouve assez sympathique. Je me permets, cela dit, quelques commentaires sur Mantak Chia, soit-disant spécialiste du Taoïsme…

    Sa biographie est « intéressante » (http://en.wikipedia.org/wiki/Mantak_Chia) : personnalité controversée pour divulgation, synchrétisme et plagiat, fils d’un pasteur Baptiste (approche plutôt particulière du Christianisme – à laquelle appartient l’actuel président des Etats-Unis - dont il se revendiquera pendant quelques années…) . Il n’est, en fait, rien d’autre que l’un de ces nombreux « vulgaristes », oriental quand à sa « forme » mais parfaitement « occidental » - dans l’ acception négative du terme - quand à son « intériorité », plus avides à mettre la Tradition au service de leur ambition plutôt qu’à vouloir partager une sagesse que, de toutes façons, ils ne connaissent que de l’extérieur.

    Un maître ou un ésotériste autenthique a mieux à faire que de rendre accessible à un public, qui par nature n’est pas concerné, des vérités qui ne sauraient, étant ce qu’elles sont, souffrir la moindre « vulgarisation » (l’ésotérisme en général ne concerne qu’une minorité d’individus, le Taoïsme plus particulièrement encore tant il suppose une tournure d’esprit et une capacité de concentration et d’ascèse dont est totalement dépourvu l’occidental moyen) et ne passe pas son temps à donner des interviews pour exposer « ses » méthodes, ou faire la promotion de ses livres et de sa « trademark school »…

    Citons un auteur plus fiable : « J’ai vu, dans des pays du tiers-monde, des citoyens pleins de bonne volonté ne pas faire très bien la différence entre leur dispensaire de brousse et l’hôpital américain de Neuilly. Inversement j’ai vu en France des spiritualistes non moins sympathiques confondre leur gentil amateurisme avec la fantastique réalité qui subsiste encore au Japon, dans l’Himalaya ou au bord du Gange. » (A. Desjardins, Les chemins de la sagesse).

    Les maîtres et initiés autenthiques ne cessent de mettre en garde contre ces « faux messies » qui pullulent de nos jours. Ce n’est pas qu’ils soient tous de mauvaise foi mais dans ce domaine aucune faiblesse n’est permise. Un maître soufi déclarait : « Nombreux sont ceux qui atteignent la porte [ la connaissance doctrinale], rares sont ceux qui la franchissent [l’initiation effective] ». Encore faut-il que cette porte ne soit pas un simple trompe-l’oeil… Puisque vous semblez vous intéresser à la spiritualité je vous invite, en toute amitié, à vous orienter vers de plus sérieuses références, quelle que soit la forme traditionnelle avec laquelle vous vous sentiez en affinité. Il faut savoir discerner entre le bon grain et l’ivraie, c’est d’ailleurs l’une des conditions préalables à l’acceptation d’un disciple par un maître…

    Salutations,

    Hakim (disciple de la tariqa Qadiriya).

  2. Merci de ces mises en garde. Je n’étais pas au courant des controverses concernant Mantak Chia, à part l’avis que j’en avais trouvé ici : http://blog.france2.fr/blogchen/index.php/2006/01/09/16434-debuter-dans-la-pratique et qui est émis par quelqu’un qui a une bonne capacité d’analyse, donc rassurez-vous, je ne vais pas sans doute pas me transformer en prosélyte taoïste du jour au lendemain.
    Je pratique des exercices de Qi-Qong avec un magnétiseur taoïste dont je ne puis évaluer le rayonnement spirituel, et d’ailleurs ce n’est pas ce que je lui demande, c’est pour remettre ma tuyauterie dans le bon sens. Et je suis venu à ces pratiques par les conseils appuyés d’un thérapeute (en particulier “Les secrets de l’amour selon le Tao”) dont j’accepte l’autorité parce que je reconnais sa compétence, en ce qui concerne un certain problème d’ouverture du coeur… après, si ces pratiques sont efficaces, ça ne m’empèchera pas de dormir si Mantak Chia se roule dans mon pognon, tel un Picsou asiatique.
    mais du coup j’ai trainé sur http://www.universaltao.com
    (c’est vrai que son site sent un peu le bizness)
    http://www.tariqa.org/
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Tao%C3%AFsme
    et j’ai appris plein de trucs. L’information est disponible à profusion (même si sa prolifération tentaculaire semble troubler sa pureté) et entérine les conclusions de l’article du Monde : “Pour réussir, il faudra de plus en plus avoir appris à trier, sélectionner et classer par ordre de pertinence la masse d’informations disponibles sur le Net. Là résideront la vraie difficulté, et la vraie source d’inégalités.”
    Donc finalement vos remarques étaient au bon endroit…

  3. Je m’en venais dire que le Monde se foutait du monde, en prétendant que le morcellement de l’esprit a du bon, mais voilà que je tombe sur un nouveau René Guénon. En tous cas, le ton y est. Je n’ai rien contre le fond, avec lequel je suis parfaitement d’accord, mais la forme gratte, c’est bizarre d’arriver comme un cheveu sur le blog, en disant “disciple de…”. Déjà sur son propre blog, il me semble préférable d’éviter de citer ses appartenances et maîtres, afin de ne pas attirer les chenilles, mais sur un blog inconnu, et dont le côté dilettante est malgré tout évident…
    Il me semble qu’il y a là soit un désir de polémique, soit l’affirmation d’une supériorité… comme chez René, quoi.

mardi 9 octobre 2007

Attention !




message d’erreur plus vrai que nature obtenu sans trucage devant huissier pas plus tard que la semaine dernière

Comme leur nom l’indique, les créatures de rêve sont faites pour rêver. Mais attention, pas trop fort, sinon on se retrouve en plein cauchemar. Vous vous rappelez Sam Lowry dans le film Brazil ? Il s’évade par l’imaginaire d’un monde déshumanisé où ne le retient plus un boulot peu gratifiant, et où ses difficultés relationnelles, son immaturité affective, sa mère castratrice, et tout un tas d’emmerdements le pourrissent grave. Réfugié dans un monde onirique où il peut en toute liberté jouer les héros, sauver sa promise, combattre les forces du mal… on croit même un moment qu’il y parvient pour de vrai, mais il finit trépané à la perceuse (à vue de nez, avec une mêche de douze, pour ceux que l’aspect fiche-bricolage de cet article intéresse) par un ancien camarade d’école plus studieux que lui, broyé par une conjonction de coïncidences malchanceuses (Philip K. Dick aurait dit “(pense à retrouver une citation vraiment déprimante sur l’aspect hasardeux plutôt que délibéré du Mal, je crois que c’est au début de la transmigration de Timothy Archer) en fredonnant une ritournelle surannée empreinte de nostalgie envers un passé révolu qui n’a vraisemblablement jamais existé. Si ce malheureux Sam s’était contenté de mater du cul sur Internet, il se serait épargné bien des soucis, même si le film en souffrirait : le porno est un refuge brazilesque idéal pour des gens peu regardants à la propreté du siège sur lequel ils s’asseoient (et par ailleurs peu désireux de s’aliéner le patronat, malgré des conséquences souvent néfastes sur leur productivité au sein de l’entreprise.) Malheureusement, et donc en fait plutôt heureusement, et donc finalement ni l’un ni l’autre puisqu’il s’agit d’une simple constatation, la photo d’un verre d’eau ne saurait désaltérer (qu’il soit à moitié vide ou à moitié plein) et de toute façon, comme le dit une Schtroumpfette sur un forum ce matin, le samsara et le nirvana sont de même nature, il faut revenir avant l’un et l’autre car sinon, l’un implique forcément l’autre. Ton attachement au second crée le premier(…) Le désir du nirvana, c’est le samsara.
Par rapport à ça, le temps finit par apporter un commencement de sagesse : si je remonte dans les branches de l’arbre causal avant les addictions, vers les vraies filles qui m’ont fait tripper sans rime ni raison, force m’est de constater que y’a un moment qu’elles jouent au football avec leurs nichons, comme disait Marlon Brando dans le dernier Tango à Paris, ce qui ne saurait être tenu pour un propos machiste, car moi-même je suis pas loin de jouer au jokari avec mes couilles dans certains exercices de Tao sexuel, mais je m’égare… en recherchant à mettre en lien quelque chose de valable sur le Tao sexuel , j’obtiens illico un démenti cinglant d’un des postulats que je viens d’émettre : Mantak Chia y indique dans une interview que les sociétés qui s’inquiètent de la consultation de sites érotiques par leurs employés devraient s’en réjouir puisque ceux-ci peuvent leur permettre d’augmenter leur énergie et donc leur efficience au travail… enfin, d’après mon expérience personnelle et des témoignages assez unanimes, il se fout quand même le doigt dans l’oeil sur ce coup-là, ou plutôt il généralise ce qu’il imagine être un surf “énergétisant” sur des sites “coquins” et ne se doute même pas qu’on puisse compulser et se ruiner la santé et le portefeuille devant la représentation pixellisée de quelque chose qui relève du partage interpersonnel plutôt que du commerce international (mort de rire à l’idée de voir Mantak Chia surfer sur des sites de Q) ce qui m’amène à ma puissante conclusion : tout le monde peut se tromper !
Allez, on enchaine, hop hop hop, cher journal, je crois que comme je ne bosse pas cette semaine, je vais plutôt m’occuper de trucs en retard dans le réel pour ne pas me recoller à mon écran comme une mouche sur sa bouse comme je l’ai fait la semaine dernière, car comme tu le sais, cher journal, je suis un putain de geek, computer-freak et tout et tout. J’ai des idées d’articles pour mon blog, mais ça peut bien attendre la semaine prochaine. Je ne me laisse pas submerger par les émotions négatives telles la déception, la peur ou la colère, d’ailleurs elles sont plutôt pas là en ce moment, mais faut pas le dire trop fort parce que c’est le genre de vantardise à les faire rappliquer, mais si elles se pointent, je me rappelle qu’elles doivent être traitées comme cette vieille coquine de culpabilité, maitresse exigeante aux tarifs exorbitants, tu te rappelles la dernière fois qu’elle t’a rendu visite ? quand elle a brûlé tous tes meubles, après elle s’est torchée dans tes rideaux avant d’emporter l’argenterie et tes bijoux de famille sans rien laisser dans son sillage que la fragrance capiteuse de son haleine de troll ? Laisse-la tranquille, où qu’elle soit : si tu persistes à renoncer à poser des actes qui la stimulent, et si tu ne réponds pas à ses sollicitations, elle finira par se lasser, et ira embéter quelqu’un d’autre - c’est pas les clients potentiels qui manquent. Et en attendant, bouge-toi le Q.”

Commentaires

  1. Bien vu, on en est tous au même point, regarder une fille en évaluant le popotin ou la paire de nichons, c’est débile mais c’est naturel sinon l’humanité n’existerait pas…réducteur me direz vous, mais vousreconnaissez votre culpabilité. En attendant, l’addiction nous mène par le bout de la queue…peut être plus pour trop longtemps, sachons pondérer: Dans l’excellent bouquin “Anthropologie de la mémoire” de Joël Candau (collection cursus edition Armand Colin) ce bougre d’auteur cite Saint Augustin visitant l’immense palais de la mémoire. Bon n’y voyez pas cher John quelques remugles catho-castrateurs, car Saint Augustin est l’un des pères de la philosohie moderne, toujours est-il que le dit saint évoque dans ses “confessions”, en parlant de ses pulsions sexuelles, qu’il nome élégament “Consupiscences”, la “tyranie mémorielle”. Alors, cher John, c’est donc votre mémoire qui vous harcèle et vous joue des tours en se remémorant vos extases passées vous avez toujours envie d’en croquer (surtout en lisant les raffinements du “tao et l’art d’aimer”, bien connu dans mon foyer)…Et comme votre blog ressemble étrangement à une confession, oserai-je vous conseiller d’en tirer leçons ?
    Bien à vous.
    Totem qui ne se pose pas en donneur de leçon mais qui semble être dans une même quête de sagesse… mais dès qu’il pronnonce le mot sage, le sage sait déjà qu’il ne l’est plus.

  2. Au passage, j’adore le film Brazil, un film culte…

  3. Pourtant, Mantak a écrit “Fantasmer au sujet du sexe finit par étrangler le mental” comme on peut le lire dans l’extrait de son livre “Cultivez l’énergie sexuelle masculine”:
    http://www.orroz.net/sexe_et_fantasmes.htm
    Comme quoi, on peut avoir la mémoire courte, même si on est au top !

  4. Un blogueur surnommé le clown lyrique a aussi ce genre de préoccupations:
    http://unclownlyrique.blogspot.com/2007/11/blog-post.html

  5. Houlà, c’est plein de famapouals, ton link ! Va pas me casser mon business, malheureux !
    du même, je préfère http://unclownlyrique.blogspot.com/2007/11/louange-dieu-qui-mis-le-plus-grand.html

samedi 6 octobre 2007

Ce Salon de l’Auto d’où l’on rentre à pied (et à poil…)

Un dépendant sexuel m’écrit fin août : “Sacrée prison quand même, non, pleine de nanas à poils, de culs et de nichons. A priori un p’tit paradis…” Le lendemain, j’étais mollement alangui sur une plage, et mon voisin de serviette me sort une formule sans doute éculée mais inconnue de nos services : “Encore une journée de merde au paradis ! ” ça a fait tilt, et je l’ai félicité derechef de son sens de l’à-propos : comme nos capacités de désir sont disproportionnées par rapport à nos capacités de jouissance, c’est normal qu’en suivant la ligne de plus grande pente, dite aussi loi du moindre effort, on finisse par s’étouffer d’insatisfaction, jusqu’au jour où on en a marre d’en avoir marre. Quand on n’est plus qu’un cri de dépit, on est mal barré. Compulser au porno, c’est comme visiter le Salon de l’Auto sans pouvoir acheter aucune voiture, (laissons de côté l’aspect douteux de l’analogie pour nous intéresser à son côté intéressant) ce qui nous condamne à la frustration, nous confrustre à la damnation… et comme la frustration rend fou et que “tout plaisir non partagé mène à la dépendance”, comme disait Orroz, “et moi je n’aime pas la dépendance”, renchérissait le Schtroumpf grognon… les Schtroumpfs, c’est bien connu, y’en a un qui se tape la Schtroumpfette, sans doute le vieux la nuit dans son laboratoire, et tous les autres se pognent sévère. Comme quoi…méfions nous de l’anthropomorphisme schtroumpfien, surtout si nous sommes cyberdépendants.

Commentaires

  1. Ah mais on n’a pas forcément envie d’acheter la voiture, juste la conduire.

  2. D’abord, on n’a pas une tête à avoir le permis. Ensute, le vendeur (qui n’est pas fou) voit bien qu’on n’est pas en état de conduire : on serait juste capable d’érafler la carrosserie et de baver sur les sièges avant de capoter dans le ravin au premier virage (on avait pas dit qu’on allait laisser tomber l’aspect douteux de l’analogie ?)

jeudi 4 octobre 2007

Joyeux aviné ressert


15 ans sans boire aujourd’hui. Chez les Alcooliques Anonymes on fête les anniversaires de sobriété continue, célébration qui est un mal nécessaire. Autant il est absurde pour soi de commémorer depuis combien de temps on a cessé de s’enduire d’erreur avec un produit, car il n’y a point matière particulière à s’esbaudir (se resjoüir avec excés, & tesmoigner sa joye en dansant, sautant ou de quelqu’autre maniere semblable) de s’être trompé aussi longtemps qu’on aie fini par s’enfermer dans le mensonge de l’addiction, autant ça peut être utile aux autres. La valeur pédagogique de l’exemple. Quand j’ai poussé la porte du mouvement, il était inconcevable que je puisse passer trois jours sans boire un coup. En même temps, je savais très bien que le premier verre que j’allais porter à mes lèvres, quelle que soit l’heure de la journée, allait en attirer d’autres, et qu’en cours de route vers le crépuscule je perdrais connaissance, et sans doute aussi la moitié de mes affaires. Dans mes premières réunions AA, les gens qui avaient un an d’abstinence et qui venaient en témoigner, tout tremblotants et annônants, m’apparaissaient comme des putains de saints.
Au début de ma vie sans alcool, je me disais “l’avantage maintenant c’est que quand je me réveille la tête dans l’cul c’est forcément dans celui de quelqu’un d’autre…” je connaissais pas encore l’ADSL et les gueules de bois virtuelles.
Généralement, quand le Moi se rend compte qu’il ne peut dominer ses pulsions, il préfère bien souvent couler la baraque que se mettre “au service de”, ne serait-ce que de sa propre survie. Lui faire plier les genoux, le faire revenir à sa seule fonction positive : la dignité.

mardi 2 octobre 2007

l’irremplaçable expérience de l’explosion du disque dur




Après avoir tanné Jérôme pour en acquérir les rudiments, je forme Fredo sur DVD Studio Pro.
Fredo est un vieux pote qui m’a appelé la semaine dernière pour le sortir de la merde dans laquelle il s’était mis tout seul comme un grand parce que lui et l’informatique, c’est ni un mariage d’amour ni de raison, c’est un mariage contre-nature.
Je calcule sur le moment l’opportunité du truc : DVD Studio Pro, ça peut aussi bien me servir plus tard, et puis Fredo m’a donné de bons coups de main au début de ma carrière, et plus tard pour retaper ma maison, et je lui dois bien ça. Je l’ai toujours considéré comme un frère vaguement malchanceux, du fait d’un karma clairement orienté loser, contrebalancé par un optimisme qui confine à l’insouciance joyeuse du mystique laïc & un peu béta (alors que face à une telle base de données son frère jumeau a eu la présence d’esprit de fuir et de se faire moine en Afrique), sa fausse naïveté de candide sur ordonnance, l’ordonnance c’était une prescription d’auto-médication qui a certainement eu sa raison d’être à une époque de sa vie, mais comme Fredo l’a bouffée, l’ordonnance, il ne se rappelle plus à quoi servait la prescription, ni quand cesser la médication, et il est resté coincé dans la peau de ce comédien immature toujours en représentation dans le rôle d’un personnage attachant-agaçant qui à 45 ans n’a toujours pas trouvé de film à sa mesure alors que sa vie commence à se débobiner.
C’est Fredo qui nous a donné l’impulsion pour quitter Paris malgré nos métiers très peu décentralisés, en s’expatriant il y a 15 ans dans une masure tourangelle qu’il a transformé en mas tourangeau à force de prier Sainte Assédique du Spectacle, dont les grâces se mesurent en sacs de plâtre.
Tiens, c’est marrant, j’oublie de signaler que c’est aussi par lui que j’ai rencontré ma compagne. De toute façon j’adore Fredo, même si nous ne voyons plus guère ces dernières années, je n’ai pas besoin de chercher de mauvaises raisons pour lui dire non alors que depuis le début je sais que je vais lui dire “oui” en dépit du fait que je me sens son éternel débiteur. Bref, il s’est mis à réaliser annuellement le film du spectacle de l’association où sa fille prend des cours de danse, et il s’est surtout mis dans l’idée de cracher le résultat sur un DVD avec menus interactifs, chapitrage des séquences et tout. Un copain à lui s’en chargeait les années précédentes mais lui a fait comprendre que sa patience avait des limites et que celles-ci avaient été atteintes. On va dire qu’au départ Fredo c’est un chef opérateur cinéma qui n’a pas eu de chance, mais alors si la dimension viscéralement poétique de sa personnalité s’accorde bien avec le côté bricolo inspiré et foutraque (il évalue son pouvoir d’achat, à la baisse ces dernières années vu qu’il est de plus en plus à la ramasse professionnelle, en tonnes-équivalent-parpaings chez brico dépot), quand tu le mets devant un ordinateur c’est vraiment une poule qui a trouvé un couteau.
Après deux jours à batailler avec le logiciel, il arrive à faire à peu près ce qu’il veut avec; hospitalité oblige, je lui propose de lui graver quelques DivX, j’ai chopé le dernier Bruce Willis et je sais qu’il est fan de gros cinéma US qui tâche. Comme je flingue deux DVD avec mon Mac de bureau, je transfère mon 250 Go externe vers son ordinateur portable. Tiens, c’est curieux, par le câble Firewire, le disque externe ne monte pas. Aah, c’est vrai que dans la précipitation, j’ai peut-être oublié d’éjecter le disque du bureau du Mac avant de débrancher la prise. C’est vrai aussi qu’on préconise de laisser toujours entre 10 et 20% d’espace libre sur un support, et que le mien est ras la gueule. Dis donc, c’est vrai qu’il ne remonte pas du tout, ce disque, mais comme on est en plein repas, que ma fille est déjà venue me faire remarquer ma conception bizarre de la convivialité, je ne vais pas continuer à quitter la table sans cesse et me pourrir ce moment important avec cette saloperie de merde d’informatique, j’ai peut-être effectivement perdu mes 150 Go de DivX, mes 20 heures de rushes personnels, l’intégrale des blogs de Flo depuis 1812, 15 tonnes de bédé en VO… et alors ? tout ça éventuellement disparu au paradis des supports externes, so what ? ma première réaction c’est de ne pas en avoir, mais je ne crois pas à ma sérénité, je me dis que c’est comme les essais nucléaires en sous-sol, faut attendre un peu pour que les effets se manifestent.
D’abord les tâches qui conduiront à la signature du certificat de décès du disque sont longues et fastidieuses, il faudra tester les câbles, puis éventuellement les ports USB et FireWire 800 avant de pouvoir faire le deuil, ensuite si tu laisses l’émotionnel te submerger pendant l’auto-diagnostic informatique, t’es mal barré…
Enfin, pour un gars qui prétend avoir paumé 240 Go de données, et qui s’en vante pour voir l’effet que ça lui fait, Fredo me trouve zen, je lui dis que l’informatique rend philosophe, ma compagne me reprend illico “ça rend surtout con”, en me jetant un regard en coin, je ne relève pas, ça irait dans son sens, et puis je sais qu’elle a raison, c’est pas possible que la crise de la quarantaine et l’inflammation des ganglions subséquente explique à elle toute seule ma baisse d’acuité intellectuelle de ces 15 dernières années. En fait je me rappelle un dialogue récent avec un ami qui va souvent chez Arnaud Desjardins et qui m’avait fait entrevoir que si je perdais toutes ces données, je ne pourrais que m’en trouver libéré, soulagé, ambiance nous sommes possédés par nos possessions, etc…
Bon, d’accord pour être accidentellement délesté de Heroes, des Sopranos, de Die Hard 4, mais Carnivale, Six Feet Under, le film de Jan Kounen sur Amma, Monty Python Flying Circus, Tiberan Book of the Dead avec Leonard Cohen ? l’énumération montre le peu de cas que fait un disque dur de la hiérarchie intellectuelle des éléments que vous entreposez dessus, qui est d’ailleurs annihilée par l’empilement, et surtout que si vous décidez de lâcher vos trésors, faut lâcher tout, car trier avant désastre implique nécessairement de reconstruire l’étagère dont on vient de prétendre se passer d’ores et navrant.
Me voici donc virtuellement libéré, prêt à repartir sur des bases saines. Merde, je l’avais pas regardé, le film sur Amma. Tant pis, c’est fait c’est fait. J’ai mis 20 ans à accepter que je n’avais plus 20 ans, je ne vais pas fondre en larmes pour un crash disk, ça serait ballot. Excellent exercice de lâcher prise pour éviter la saisie que je ferai au moment de la mort, et qui est fortement déconseillée par les plus grandes marques de tibétains, quand mon disque interne sera réinitialisé après effacement des données et que je serai là tout flipouillé en voyant se vider la boite à souvenirs. Wouah, c’est vrai que rien que l’idée, c’est flippant.
Plus tard dans l’après midi, j’arrive à ranimer le disque défectueux par un port USB.
Finalement je n’ai perdu que le port FireWire (et une occasion de lâcher prise qui n’en reste pas au stade de l’idée) dans la bataille.

Commentaires

(…) Sœur Geneviève, si jeune, s’est levée d’un bond puis s’est enfuie, en larmes. Ses gros seins tressautaient et faisaient penser à deux chiots se bagarrant dans un sac.

extrait du Plombier des âmes…

(depuis ce matin je perce l’hyper secret de votre blog avec délectation mon cher, en vous remerciant !)